Les défis des transitions en Afrique australe et les réponses des acteurs - Généralisation

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L’Afrique australe (composée de l’Afrique du Sud, de l’Angola, du Botswana, du Lesotho, du Malawi, du Mozambique, de la Namibie, de l’Eswatini, de la Zambie et du Zimbabwe) constitue un territoire de transitions démographiques, économiques, démocratiques et environnementales. Les acteurs étatiques régionaux et internationaux prennent en compte les différents enjeux et tentent d’y apporter des réponses.

I. Les défis politiques, économiques et sociaux à surmonter

Les héritages coloniaux

En Afrique du Sud, l’héritage de l’apartheid s’observe dans les inégalités sociales et la ségrégation sociospatiale. Le taux de chômage est de 32 % et atteint 45 % pour les jeunes actifs (15-34 ans). Dans les townships (quartiers d’habitat informel), une partie de la population survit en participant à l’économie informelle. Au Zimbabwe, la réforme agraire de 2000 avait pour objectif de transférer la propriété de terres détenues par 4 000 fermiers blancs (un tiers des terres agricoles) vers des fermiers noirs pour lutter contre un héritage de la colonisation et les inégalités socioraciales. Cette réforme, imposée par la force par le président Mugabe, a entraîné un déséquilibre économique et agricole, des famines et de la violence, en raison notamment de la corruption. En 2022, deux tiers des Zimbabwéens sont menacés par l’insécurité alimentaire.

Inégalités économiques et dépendance aux ressources minières

L’Afrique du Sud, moteur régional, représente 60 % du PIB de l’Afrique australe avec un PIB par habitant d’environ 6 000 dollars, tandis que le PIB par habitant au Malawi et au Mozambique est de 600 dollars en 2023. Au Botswana, 40 % du PIB dépend des exportations de minerais, le taux de chômage est de 25 %. Cette situation illustre les limites des économies mono-exportatrices. La Zambie, dont la province du Nord – surnommée la Copperbelt – est riche en cuivre, est dépendante du cours mondial de ce minerai. Ainsi, plus de 60 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté, et la Zambie se situe au 153e rang mondial sur 193 en matière d’indice de développement humain, malgré les perspectives de développement économique.

Épidémies et vulnérabilités environnementales

Le VIH : un fléau persistant
L’Eswatini détient le taux de prévalence du VIH le plus élevé au monde, avec 30 % de sa population adulte infectée. Malgré les progrès – 85 % des séropositifs connaissent leur statut et 88 % suivent un traitement antirétroviral –, les systèmes de santé restent précaires, avec moins de deux lits d’hôpital pour 1 000 habitants. La pandémie de Covid-19 a exacerbé cette vulnérabilité.

Changement climatique
Les cyclones Idai (2019) et Freddy (2023) au Mozambique ont entraîné le déplacement de 2,5 millions de personnes et détruit 700 000 hectares de cultures. En Angola, 1,6 million d’habitants sont menacés d’insécurité alimentaire en raison des sécheresses prolongées (2021-2023), malgré un projet de 65 millions de dollars du Fonds vert pour le climat.

Instabilités politiques et défis de la transition démocratique
En 2023, les gouvernements d’Afrique australe ont intensifié la répression des opposants, journalistes et activistes, selon Human Rights Watch. Le Zimbabwe est classé 157e sur 180 à l’indice de corruption, même si une commission anti-corruption a été créée en 2022. En Afrique du Sud, les scandales de "State Capture" (capture systématique de ressources nationales par des entreprises liées au gouvernement et aux hauts-fonctionnaires) ont coûté 34 milliards de dollars entre 2009 et 2018 et ont forcé le président Jacob Zuma à la démission.

La SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) a joué un rôle clé dans la résolution de la crise politique au Lesotho (2014), en envoyant 250 observateurs militaires. Au Mozambique, la lutte contre les insurgés d’Al-Shabaab a mobilisé 2 500 soldats rwandais et 20 millions de dollars de l’UE depuis 2021.

II. Les réponses apportées aux défis économiques, sociaux et environnementaux

Transition verte et financements climatiques

Le Botswana investit dans un fonds souverain de 4,3 milliards de dollars pour financer les énergies renouvelables et le tourisme afin de réduire sa dépendance aux exportations de diamants d’ici 2030.

Le Mozambique a signé un accord avec une entreprise située à Dubaï pour restaurer 155 000 hectares de mangroves – capables de capter du CO2 – et créer 5 000 emplois. Au Malawi, l’agriculture représente 22 % du PIB et 80 % de la population active. Le FIDA (Fonds international de développement agricole, organisme dépendant de l’ONU) développe un programme d’aide aux agriculteurs en lien avec le gouvernement du Malawi pour aider les populations rurales, notamment les femmes, à améliorer leur productivité et leur résilience face au changement climatique. La Namibie développe l’hydrogène vert, avec un investissement allemand de 10 milliards d’euros.

Santé publique et aides internationales

Tous les pays d’Afrique australe participent à des programmes internationaux pour limiter les conséquences sociales du VIH.

En Eswatini, qui détient donc le taux de prévalence du VIH le plus élevé au monde, l’ONG Médecins Sans Frontières a piloté la stratégie "tester et traiter", permettant à 1 700 patients séropositifs de débuter immédiatement un traitement antirétroviral après diagnostic. L’Eswatini est le premier pays africain à atteindre les objectifs de l’Onusida "95-95-95" : 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 95 % de celles-ci suivent un traitement antirétroviral et 95 % des personnes traitées ont une charge virale supprimée.

En Afrique du Sud, 14 % de la population est atteinte par le VIH. Le gouvernement sud-africain s’est engagé à éliminer le Sida d’ici 2030 en accord avec les objectifs de développement durable de l’ONU. L’ODD 3 (bonne santé et bien-être, dont la fin du Sida fait partie) a des conséquences positive sur les ODD 8 (travail décent et croissance économique) en améliorant la santé de la population active et les ODD 4 (éducation de qualité), 5 (égalité entre les sexes) et 10 (inégalités réduites). Après plusieurs années d’amélioration de la situation grâce à une politique volontariste du gouvernement sud-africain, la fin du financement de l'Agence des États-Unis pour le développement international décidé par le président Donald Trump menace la poursuite des programmes de prévention et de soutien aux malades. En Afrique du Sud, la fin du programme étatsunien implique l’abandon de 70 des 80 programmes humanitaires prévus dans le pays.

Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.fr
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